Parcours d'un spermato-zozoïde
C'est mon histoire, narrée je l'espère, avec humour.
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Par le-spermatozozo-id, le 12.05.2019
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Par bou, le 05.05.2019
· 1 - Melsbroek s'en va-t'en guerre
· 10 - Supputations
· 5 - L' union
· 6 - Scène de séduction & carré blanc
· 38 - Passion pêche.
· 15 - 1952
· 11 - Origines et nom
· 32 - Malko a le feu au derche & SAS contre Doc Jaco.
· 19 – Le chalet.
· 12 - La famille ( partie 1 )
· 17 – Amérique, musique, star-Ac & petites pépées.
· 44 – Mon entrée en religion.
· 13 - La famille ( partie 2 )
· 18 – La vie de château.
· 31 - La vengeance d'Eros.
Date de création : 04.12.2016
Dernière mise à jour :
02.06.2024
107 articles
Avant – propos.
Je me permets de vous conter, sans aucune prétention, l'histoire à peine romancée de ma vie ( qui d'ailleurs n'est pas encore sur le point de se terminer... enfin je l'espère ) et d'y ajouter de temps en temps mes pensées, un peu d'histoire et mes coups de gueule. Ceux-ci, bien sûr, n'engageront que moi.
Je reprends ma méthode de vous le présenter comme un livre. Pour mes fidèles lecteurs, passez à la dernière page. Merci.
Bon ben je commence, je me lance...un peu avant ma naissance.
Index du blog.
1. Melsbroeck s'en va t'en guerre.
2. Sous le feu de l'aviation allemande.
3. Offensive "Von Runschted".
4. Enfin vint le temps de la libération.
5. L'union.
6. Scène de séduction & carré blanc.
7. L'ovulation et l'annonciation.
8. Et la terre continue de tourner.
9. Naissance.
10. Supputations.
11. Origines et nom.
12. La famille ( partie 1 ).
13. La famille ( partie 2 ).
14. Mais revenons à ma naissance.
15. 1952.
16. La page blanche.
17. Amérique, musique, Star-Ac & petites pépées.
18. La vie de château.
19. Le chalet.
20. L'Argentine.
21. Putain poulet !
22. Alice au pays du mépris.
23. No Man's Land.
24. Leffe, blonde ou brune...
25. Gendron-Celles.
26. La maison et les amis.
27. La macrale et le vieux garçon.
28. Bruxelles... ma belle !
29. L'exposition universelle de Bruxelles 1958.
30. Enfin... le petit écran !
31. La vengeance d'Eros.
32. Malko a le feu au derche & SAS contre Doc Jaco.
33. Quel métier choisir ? ( partie 1 ).
34 . Quel métier choisir ? ( partie 2 )
35. Un frangin transparent.
36. Vous habitez où ? Houx. Où ? Houx.
37. Le monde des rêves.
38. Passion pêche.
39. Initiation à l'automobile.
40. Re-Leffe-toi... et marche !
41. L'esprit aventureux et jeux dangereux.
42. A vos avirons !
43. Expédition du Tiki.
44. Mon entrée en religion.
45. Mes bien chers frères ...et soeurs !
46. Oh pelle ! & chèvre au lait.
47. Albert mon cher Albert... t'exagères !!!!
48. La Maison espagnole.
49. Le château Comtal.
50. L'aventure c'est l'aventure.
51. L'ignoble individu.
52. Confirmation ? Affirmatif !
53. Mon p'ti Louis.
54. Lili pute et le 9 mm.
55. Avaler des couleuvres.
56. Rafales de mitraillettes.
57. Ode à la mer et aux voyages - 1.
58. Première vacances - suite et fin.
59. A fond la caisse !
60. Le grand schisme.
61. Gemmologie & examen cantonal.
62. Bouffe et malbouffe.
63. La maison de campagne.
64. Collège Notre Dame de Bellevue.
65. Jacko le pompiste.
66. Au fil de l'eau.
67. Frère Jacques ...
68. Le rond rouge RTL.
69. Ho soto gari.
70. Brice de Nice & Bruce Willis "overland".
71. Pourquoi dit-on "terrain vague"?
72. Un vrai couillon !
73. Séducteur d'opérette.
74. Le pt'i Kitan et les fils à papa.
75. La bévue de Jack.
76. 1968, l'année révolutionnaire.
77. La révolution culturelle.
78. L'as du volant descend du podium.
79. La licence d'apprentissage.
80. Le petit château.
81. Le bidasse en attente.
82. La convocation.
83. Marie-Henriette
84. Je n'en menais pas large.
85.''Appel au lit''
86. La première nuit.
87. Bleubittes.
88. Tir au flan et première permission.
89. Week-end de permission.
90. Le dropping.
91. Le TPJ.
92. Premiers pas à l'unité.
93. Peloton ''mortier''.
94. L'école de la vie.
95. L'escadron.
96. Le bar VC.
97. Camp Général Bastin.
98. La marche de la mort.
99. Mon premier grade.
100. Formation spécialisée.
101. Trois galons et première voiture.
102. Arrivée en fanfare.
103. Arrête ton char Ben-Hur.
104. Remettre les pendules à l'heure.
105. Mise en condition.
106. Tapage nocturne.
107. Cupidon pointe le bout de son nez.
La vie avant ma vie
L'été 1944 avait été particulièrement chaud. Nos deux « kett » de Bruxelles, Raymond et François en avaient assez de se faire crever pour les fridolins, marre de boucher les trous de bombes sur le terrain d'aviation de Melsbroek ( en banlieue bruxelloise ) sous un soleil de plomb alors qu’ils savaient pertinemment bien qu’après le prochain passage de l’aviation alliée tout serait à recommencer. Ils avaient été réquisitionnés par les « vert de gris « comme STO « Service du Travail Obligatoire « .
Afin d'éviter à tous ces petits coopérants pas coopératifs pour deux sous de se tailler à tout bout de champs ( d'aviation ), leurs cartes d'identités avaient été confisquées. Raymond qui avait dix-sept ans jurait déjà beaucoup et s'était juré ( ben oui ! une fois de plus) que dès qu'il récupérerait ses faffes, il leurs ferait un grand bras d'honneur, tendrait son index haut vers le ciel et prendrait ses jambes à son cou en leurs criant "auf viederseen".
Aujourd'hui, c'était chose faite. Il avait récupéré ses papiers. C'était en juillet, un samedi torride et il avait travaillé torse nu. Son corps de jeune éphèbe avait été chauffé à blanc. En rentrant, sa grand mère avait couvert sa peau de pêche de margarine pour essayer de calmer la brûlure permanente et les souffrances qu'il endurait et lui éviter le coup de soleil fatal ( bon c’était pas non plus la bonne méthode mais à l’époque on était pas bien au courant de toutes les méthodes prophylactiques ).
Le lendemain dimanche, il devait remettre ça et il n'en était pas question. La bible ne disait-elle pas que ce devait être un jour de repos , le jour du seigneur ! Il n’était pas colotin, mais autant profiter du bon côté des choses. Il serait donc momentanément un bon pratiquant.
Par conséquent, il décida avec son copain François de prendre la clé des champs ( toujours d'aviation ). Ils allaient filer à l'anglaise, ce qui n'était pas du tout recommandé à cette époque où l’on criait « Gott mit Uns » plutôt que « God save the Queen ». En route donc pour une promenade récréative dans les coins ombragés de la capitale, Bruxelles la belle.
Après leur escapade en fin d'après-midi, à leur retour au bercail, ils apprirent que la Feldgendarmerie était passée pour prendre de leurs nouvelles. Cette délicieuse attention ne retint toutefois pas leur faveur. Plus question de moisir plus longtemps dans les parages. Raymond et son copain iraient prendre le vert quelque temps. Et justement, sa « petite cousine Germaine » ( au propre comme au figuré ) était partie rejoindre son amie Jeanne qui habitait Rochefort, au sein des Ardennes profondes. Ils iraient donc les rejoindre. Germaine, nous en reparlerons plus tard ainsi que Jeanne.
* * *
Le lendemain, ils prirent le dernier train vers la contrée des Pères Trappistes et dans les environs de Blancmont le convoi fut pris sous le feu de l'aviation allemande. Les aviateurs teutons s’acharnèrent particulièrementsurla locomotive et le train fut immobilisé. Une vrai passoire. La loco était complètement criblée de projectiles. Les balles de .50 étaient fichées dans les roues d’acier. Il fallut attendre l'arrivée d'une autre locomotive pour continuer le voyage.
A Rochefort, Raymond, avait fait la connaissance de la famille M.....s. Des flamands limbourgeois qui s'étaient délocalisés suite aux avatars du père, picoleur et dragueur impénitent. Il était fabricant de cigares et avait déjà bouzillé son commerce en Flandre. Il recommençait à Marloie ( c'est le nom du patelin ) à entraîner la mère, une brave femme bafouée et ses deux filles, Emma et Alice vers une nouvelle faillite.
Comme leur maison avait été complètement détruite lors du terrible bombardement de la gare ferroviaire, et qu'un oncle occupait une fonction dirigeante parmi les pères trappistes au sein de l'abbaye de Rochefort, ils avaient pu occuper comme gardiens, un château qui appartenait à une famille bien en vue de la région. C'est là, en se cachant dans les caves que mes futurs parents firent connaissance. Raymond s'était entiché de la plus jeune des filles, la petite Emma.
Le temps s’écoula bucoliquement ( ben oui, c’est un Jackycisme car je m'appelle Jacques – Jacky pour les intimes et c'est moi qui narre, bande de nanards !) et certain de s’être fait oublier, nos deux compères décidèrent de rentrer à Bruxelles tout en promettant de revenir pour la noël...hé, hé, hé...je suppose que certains avaient bien envie de conclure !!!
* * *
A Bruxelles, il n'y eut pas de suite à leur escapade campagnarde. Les Allemands avaient alors d'autres chats à fouetter que de s'occuper de deux « Ketjes » ( c'est un peu comme les titis parisiens ).
En décembre ils reprirent encore « une fois » ( car c’étaient des bruxellois )le dernier train pour Rochefort.
Pas de bol !
A On ( non, j'ânonne pas - oui, c'est bien un patelin…un peu impersonnel certes, mais un patelin quand même ), le train fut pris entre deux feux ( et pas de signalisation ). Du côté gauche de la voie, les Allemands. Du côté droit, les Américains et les Anglais.
Raymond et François étaient sur le tender de la locomotive. Des tirs de mitraillettes les arrosèrent. François et sa copine du moment furent tous deux touchés. Lui, reçut une balle qui lui traversa le cou, dans le gras de la nuque; elle, une balle dans le dos qui ressortit par la poitrine. François dira plus tard avec beaucoup d'humour qu'à cette époque, il avait deux trous de balle.
Ils s'échappèrent ( si je puis me permettre cette métaphore )car ils n'avaient pas le choix du côté allemand et furent recueillis et soignés par le curé d’ On ( non non, je n'ai pas écrit le cureton ). Raymond passa du côté américain et se souvient encore éberlué, comme si c’était hier, qu'une femme d'une soixantaine d'années courrait beaucoup beaucoup plus vite que lui.
Cet hiver 44 était particulièrement dur. La neige recouvrait complètement la campagne, et c'était alors la fameuse offensive allemande " Von Runschted".
Le château occupait un endroit stratégique et Raymond se souvient des combats violents qui opposèrent les deux camps.; les cadavres des soldats qui jonchaient le sol dans les étages, les tirs, les explosions pendant qu'une trentaine de personnes ( eux compris ) se terraient dans les caves. Les Allemands gagnaient cette fois, rassemblaient les prisonniers et les conduisaient dans le village pour réorganiser une nouvelle bataille qu'ils perdirent au grand soulagement de toute la population.
* * *
Retour à Bruxelles.
Entre-temps, le fabricant de cigare ( mon futur grand père maternel ) avait abandonner sa femme ( ma future grand mère maternelle ) pour vivre quelques moments avec une liégeoise. Il revint ensuite vers sa légitime et travailla comme ouvrier dans la métallurgie.
François et Raymond se connaissaient depuis la quatrième année d'école. François quant à lui avait fait des études d'ébénisterie comme son père et commença avec Raymond comme garçon de bureau à la Royale Belge ( grande compagnie d'assurances ). Il s'engagea ensuite dans la Royal Navy et participa à des missions sur des navires de guerre. Il signa ensuite un contrat pour travailler sur des pétroliers puis se maria avec Edith qui lui donna plus tard deux garçons. Il cessa de bourlinguer, acheta et prit la tête d'une fabrique de treillis.
Raymond avait donc 17 ans quand il débuta sa vie de labeur comme garçon de bureau à la Royale Belge. Il travailla ensuite comme soudeur-câbleur à Bell Telephone. Il gagnait bien sa vie et sortait régulièrement les deux filles M...s.
Afin de se débarrasser de l'aînée qui lui collait aux basques, il la refila à son autre copain Gust qu'il fréquentait dans son cursus scolaire depuis la septième année. Gustave se maria alors avec Alice et Raymond put enfin se consacrer un peu plus à sa dulcinée, la jeune Emma.
Ils se marièrent à Bruxelles le 12 août 1950 et décidèrent d'aller vivre dans les Ardennes d'où ils avaient gardé de bons souvenirs malgré la guerre. Ils achetèrent ensemble une DKW 1937 décapotable ( preuve qu'ils ne gardaient aucune rancune vis à vis des anciens envahisseurs ) et prirent la route ensemble cheveux au vent, sur les chemins de campagne. Débuta alors une longue vie de couple qui commença dans la province de Namur.
Comment trouvèrent-t-ils ce premier boulot de "jardinier-servante" dans un château ( leur premier château... enfin après celui de Rochefort pendant la guerre ) sur les hauteurs de la ville de Dinant, à Lisogne ?
Mystère et boule de gomme ! Pourtant, ce fut un heureux hasard qui permis au couple d'amoureux de faire la connaissance des C. qui allaient suivre notre famille durant des décennies.
Mon père s'est plaint du fait qu'ils étaient un peu exploités ? Mais lorsqu'on s'engage à servir, peut-on parler d'exploitation alors qu'on est logé, nourri, blanchi et même payé. C'est le lot du métier de « servante » ou plutôt domestique, ce qui est plus moderne et moins prolétaire comme dénomination. C'est un métier comme un autre. On ne crache pas dans la soupe Raymond !!!
N'y a-t-il pas actuellement des écoles huppées pour former ce type de personnel ?
Toujours au service des gens qui vous emploient, mais parfois aussi excessivement bien rémunéré. Certes, il faut en avoir la mentalité car personnellement, je n'aurai jamais pu exercer ce métier. Chacun son truc.
Et notre couple de tourtereaux avaient quand même des moments de liberté car j'ai vu dans un album photos, notre Raymond jouer dans le parc de ce château avec un avion. Il était déjà très bricoleur et avait construit un avion doté d'un petit moteur thermique qu'il lançait dans les airs et qui tournaillait en vol circulaire jusqu'à épuisement du carburant pour venir se poser pas toujours délicatement.
En outre, si ce genre de travail ne leurs convenait pas, ils ne l'auraient pas réitéré encore deux fois dans les années à venir. Ou alors, c'était du masochisme !
Mais voici quelques explications pour vous situer l'endroit. Les renseignements surlignés sont tirés de la toile, of course !
A 6,5 km de Dinant, le gros village de Lisogne se situe au sommet du versant nord des Fonds de Leffe et se caractérise par une structure assez dense de son habitat, fermé de courts alignements parallèles à la rue, entrecoupés de bâtiments perpendiculaires. Nombre de maisons en calcaire ou en grès datent du XIXe siècle. Depuis quelques années, de nombreuses maisons en briques sont venues rompre l'homogénéité du site. A l'ouest, on trouve la ferme-château et celle dite de la Tour. Le village compte également deux hameaux, Awagne et Loyers, dont l'importance justifie que nous les évoquions de manière particulière pour certains chapitres. Altitude: 260 m au seuil de l'église. Superficie: 914 Ha.
Château et ferme de Lisogne : Un peu à l'écart du village, dans un parc entouré de murs en calcaire, le château de Lisogne, de deux niveaux sur hautes caves, tourne sa belle façade enduite vers le parc.
Comme l'indiquent les ancres, il fut construit en 1762 sur une propriété achetée par Guillaume Verachter sept ans plus tôt. La fille de ce dernier vendit le bien, en 1829, à Jean-Guillaume Wirkay dont le beau-fils Joseph Henry devint propriétaire par héritage. Ce Joseph-Henry n'est autre que le fondateur de la banque dinantaise Henry dont le siège se situait à hauteur du Square Lion. Adossée au château, l'ancienne demeure du seigneur local est une ferme en U des XVIIe et XVIIIe siècles, remaniée au XIXe. Cet ensemble fut le siège d'une seigneurie foncière namuroise dont les différentes parties furent réunies en 1760 par Pierre-Baudouin de Gaiffier, seigneur de Houx. Le bien échut à ses descendants jusqu'à la fin de l'ancien régime.
C'est donc dans les environs de Dinant, ville qui allait devenir l'épicentre de leurs nombreuses pérégrinations qu'ils se lancèrent dans la vie. La personne qui venait de quitter au château de Lisogne cet emploi n'était autre que le père de Lucien. Lucien qui allait devenir par la suite le parrain du Spermato-châtelain ( c'est à dire MOI ).
Entre-temps, la grand mère de Raymond venait de mourir en laissant un joli héritage ; en fait, une jolie petite pelote. Le jeune couple quitta l'emploi au château et reprit un fond de commerce, une épicerie "l'Abeille" à Hastière-Lavaux, non loin de Givet à la frontière française. Cette épicerie avait été installée dans le but d'embêter et de couler un concurrent qui se trouvait de l'autre côté de la rue. Pas de chance pour les jeunes tourtereaux; lui était du pays et avait déjà une clientèle, eux étaient des étrangers. En outre, ils n'avaient pas du tout le sens du commerce. Cela ne s'improvise pas. Le succès ne frappa donc pas à la porte. Ce fut la première grosse connerie du Sieur Raymond.
Afin de ne pas perdre trop de plumes dans l'exploitation du commerce et pouvoir vivre décemment tout en se gardant précieusement une poire pour la soif, Raymond dû se résoudre à trouver du travail au dehors pendant que son épouse tenait le magasin. Toujours grâce à Lucien dont le père travaillait maintenant comme maçon, notre Raymond national fût embauché à Anhée comme manœuvre sur des chantiers. Ce petit patelin allait sans doute lui laisser de bons souvenirs car il y reviendra un peu plus tard.
Il n'avait pas la carrure d'un ouvrier du bâtiment et crevait littéralement sous le poids du travail. Il rentrait le soir à quatre pattes et se traînait jusqu'au canapé pour s'y écrouler en attendant le souper ( hé oui ! En Belgique, le dîner du soir s'appelle souper ).
Le malheureux devait peser tout habillé tout juste cinquantaine-cinq kilos pour un mètre septante-cinq ( soixante-quinze... je traduis pour nos amis hexagonaux – heu ! De l'hexagone... je voulais dire ). Et c'est en raison de son apparente fragilité qu'à son grand dam, il avait été recalé dans sa jeunesse trois fois dans ses tentatives d'intégrer les Forces Armées. Comble de l'horreur, il avait même été réformé pour son service militaire. Il en gardera toujours une profonde blessure, une vexation sans borne.
Probablement au début du mois de décembre 1950, peut-être même le jour de la Saint Nicolas... pourquoi pas ! ( NB pour les lecteurs n'habitant pas le Plat Pays... qui est le mien. Le jour de la Saint Nicolas ; le 6 décembre ; c'est un moment très attendu car St Nicolas, patron des écoliers, apporte en Belgique des cadeaux aux enfants sages ; les autres ont droit à la réprimande du père fouettard représenté depuis toujours par un personnage à la peau noire { allez donc savoir pourquoi ? ... à creuser ! peut-être même avertir le MRAX (*) }).
* MRAX: Mouvenent contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie.
Donc, le 6 décembre 1950, alors que legénéral de Lattre de Tassigny était nommé Haut-Commissaire en Indochine et que Paul Magloire était élu président à Haïti ( même si vous vous en fichez ), Raymond finissait son repas du soir . Il émit un joli petit rot en guise de satisfaction comme cela se fait normalement dans certaines contrées du globe et péta (ou flatula si vous préférez ) aussi, en guise de soulagement ( je ne veux choquer personne mais Raymond était parfois un peu brut de décoffrage... normal allez-vous me dire pour un maçon ). Il était toujours attablé lorsque sa jeune épouse fit une entrée pour le moins spectaculaire dans la cuisine.
Lascivement, Emma, comme un cadeau du ciel envoyé par St Nicolas et belle comme un cœur, ondulait et tournoyait autour de la table en tenue de nuit, revêtue ( ou plutôt dévêtue ) d'un babydoll des plus affriolant qu'il ne connaissait pas. Ses poils se hérissèrent, sa peau se couvrit de chair de poule et son sang ne fit qu'un tour puis quitta précipitamment son cerveau pour se ruer tel un cheval au galop dans le fond de son pantalon. Raymond se redressa brusquement, les mains posées sur la table afin de ne pas tomber tant sa tension était extrême. Sa langue pendait jusqu'à terre, la bave coulait aux commissures de ses lèvres, il avait les yeux exorbités à la façon du loup de Tex Avry lorsqu'il croisait dans son long cabriolet la belle Betty Boops. Finalement, un cri de gorille en rut jaillit de sa poitrine prête à éclater.
Emma avec ses petits cris de souris jouait la vierge effarouchée. Mais en réalité elle n'avait d'yeux que pour le beau « bâton de berger » qui semblait la montrer du doigt au travers du bleu de travail de son jeune époux. Profitant de cet instant de fascination, Raymond se précipita sur l'ingénue, la prit sous son bras et l'entraîna dans son antre , pardon sa chambre, pour assouvir en toute tranquillité ses pulsions soudainement réveillées. Leur corps à corps dura-t-il quelques minutes, quelques heures, peut-être la nuit entière ? Raymond n'était pas un éjaculateur précoce et il aimait jouer à la bête à deux dos. Alors !!!
Des cris, des gémissements, des râles, peut-être des onomatopées cochonnes remplirent et couvrirent le silence de la nuit. Puis, finalement, Raymond se cabra et au bout de son orgasme... lâcha la purée. Et oui ! Paf ! Tout était parti.
Venant du fin fond des testicules, tels des taureaux lâchés dans les rues de Séville,des millions de spermatozoïdes se ruèrent vers l'ovule tant désirée, leur seul et unique avenir ;sachant que sinon ils seraient voués à une mort certaine. Ils fonçaient tête baisée comme des coureurs cyclistes, jouant des coudes pour atteindre le Graal tant convoité.
Il y en a un qui sortait du lot, athlétique, formé à la course car dans les bourses du manœuvre Raymond, il avait eu le temps de se faire chier, s'emmerdant comme un rat mort, ( désolé pour l'emploi de mots aussi rudes qui pourraient heurter la sensibilité de certain et je reformule ; il s’ennuyait dans les testicules du manœuvre Raymond ) toujours en balançoire et en avait parfois la nausée. Il en avait donc profité pour s'entraîner beaucoup, se préparant soigneusement pour la prochaine sortie. Il avait de l'ambition, de la détermination et se faisait appeler « spermato-zozoïde » par ses congénères car il faisait souvent le con. Venait-t-il de la couille droite ou de la gauche ? ( il faut appeler un chat, un chat ) Peut-être le saurait-on plus tard s'il parvenait à décrocher la médaille d'or.
* * *
Toujours est-t-il que ce fut LUI qui pénétra l'ovule le premier. Il s'y vautra directement avec délectation et se promit d'y accomplir une œuvre d'art. Un bébé sans défaut, un miracle de la nature.
Bien sur allez-vous me dire, pourquoi choisir ce moment pour nous raconter cette partie de jambes en l'air ? Ils formaient un jeune couple, fraîchement marié et les galipettes devaient déjà jalonner depuis un certain temps leur quotidien... alors pourquoi ?
Et bien bande de nazes, à cause de la présence cette fois du « zozoïde » qui allait bientôt en faire de futurs parents !
Raymond s'écroula donc dans le lit, heureux d'avoir pu concilier le dur labeur de la journée et son devoir conjugal. Il se sentait soulagé d'un poids mais ne savait pas pourquoi. Nous si ! Évidemment.
Le lendemain matin, au levé du jour, à une dizaine de kilomètres de là, une petite vieille qui égrenait son chapelet agenouillée sur le prie-dieu devant la grotte de la vierge à Beauraing ( c'est un patelin ), s'était assoupie sous le poids des prières.
- « Bernadette...Bernadette...Bernadette ! »
La vieille dame reprit lentement ses sains esprits, tourna la tête à gauche, à droite...rien.
- « Bernadette...Bernadette ! »
Cette fois son regard fût attiré par la statue de la sainte mère de Dieu devant laquelle elle priait et qui était entourée d'un halo de lumière bleutée, chose inhabituelle. C'est d'elle que provenait la voix.
- « Bernadette ! »
- « Oh ! Vierge Marie » répondit la vieille, « Je m'appelle Gertrude. »
- « Dieu du ciel » répondit la vierge, « Me serais-je trompée de grotte, ne suis-je pas à Beauraing ? »
- « Si si ( ça n'avait rien à voir avec l'impératrice ) immaculée conception ! »
- « Ouf ! Mon GPS (Guidage Pour Sainte ) ne m'a donc pas trompée alors ! » pensa à haute voix la vierge.
- « Qu'est-ce donc qu'un GPS vénérable mère de Dieu ? » reprit Gertrude.
- « Une invention bien pratique pour trouver son chemin mais que les mortels ne connaissent pas encore. » répondis la vierge.
- « Je suis venue t'annoncer que bientôt un enfant divin naîtrait dans la région. »
- « Comment le reconnaîtra-t-on ce bambin ? » Dit Gertrude.
Trop tard ! Son temps sur terre était révolu et le ciel la rappela de toute urgence car elle devait effectuer une nouvelle apparition à Lourdes. C'est ainsi que la lumière disparu, laissant Gertrude seule avec sa question sans réponse.
La grenouille de bénitier rangea son chapelet dans la poche ventrale de son grand tablier en vichy et couru aussi vite que ses vieilles jambes pouvaient la porter vers l'église où devait officier en ce moment le prêtre de la paroisse. Elle raconta son aventure à l'abbé Chamel, juste à la fin de sa messe matinale. Il hocha la tête d'un air entendu et dit à la vieille de rentrer à la maison afin de se concocter une bonne tisane et se reposer un peu.
Ce jeune curé aux méthodes modernes ne trouva pas utile de déranger l'évêque de Namur. Il ne tenait pas à passer pour un con. Le temps des apparitions était pour lui bien révolu. Apparition, apparition... pourquoi pas un miracle tant qu'on y était !
Gertrude quant à elle rentra à la maison.
- « Tisane, tisane ! Il est tombé sur la tête n'ot curé »
Elle décapsula une bonne bouteille de bière d'abbaye, celle à 12° et s'installa confortablement dans son fauteuil à bascule devant le feu ouvert où crépitaient quelques grosses bûches. Au bout de la troisième trappiste, elle ferma les yeux, pensant revivre l'instant sacré où elle avait pu entrer en communion avec la vierge.
Soudain un troupeau d'éléphants roses traversa son salon et Gertrude s'endormit profondément.
A son réveil, tout avait été oublié... et c'était peut-être mieux comme cela.
* * *
A Hastière, Emma continuait de couper des tranches de fromage trop épaisses, des tranches de salami trop fines, de perdre les pédales dès qu'il y avait plus d'un client dans le magasin, de manquer de tel article et d'en posséder trop d'autres qu'il faudrait finalement jeter. Bref, le magasin tournait au ralenti.
Raymond quant à lui devait maintenant mélanger des tonnes de sable, de mortier et d'eau à la pelle. Il avait tellement le vertige que l'on devait placer une deuxième poutrelle pour ses déplacements en hauteur afin de ne pas le voir s'écraser comme une merde dans le vide. Pourtant, courageusement, il transportait ses grosses pierres de taille d'un endroit à l'autre des chantiers. Sa belle DKW avait été détruite par un chauffard et il devait se déplacer en train. Plus d'une fois il faillit ne pas se réveiller en arrivant à Hastière tellement il était vanné. Il s'effondrait ensuite dans le divan et avait toutes les peines du monde pour repartir travailler le lendemain.
Et la vie continuait son petit bonhomme de chemin. Le ventre d'Emma de jour en jour, de semaine en semaine, de mois en mois s'arrondissait progressivement laissant présager un heureux événement.
En janvier 1951, Édith Piaf chantait Padam Padam et le 19 février 1951,L'écrivain français et Prix Nobel de littérature 1947 André Gide,mouraità son domicile parisien à l'âge de 81 ans des suites d'une congestion pulmonaire.
A partir du printemps 1951, la télévision se démocratisait en France mais restait le privilège de seulement quatre mille foyers, mais que faisaient les autres ? Et à notre époque ? Imaginez-vous la vie sans cette lucarne lumineuse en haute définition jetant un œil critique sur le pays, le monde, enfin sur tout finalement. Imaginez votre vie sans toutes ces émissions de télé-réalités à la con. C'est ça le progrès ! Mais ne soyons pas rétrograde, il faut vivre avec son temps et la technologie a vraiment révolutionné, surtout en bien, notre quotidien.
* * *
Les mois passèrent et le 1 septembre 1951, jour de la rentrée des classes, Jacky naquit.
La sage femme qui l'aida à quitter le ventre de sa mère s'écria en le découvrant : « Mon Dieu, il est divin !».
Voilà, le mot était lâché ! Rappelez-vous l'apparition à Beauraing, quelques mois plus tôt, au lendemain de sa conception.
Ce jour donc, une employée communale de la petite cité mosane de Hastière-Lavaux inscrivait dans le registre de la population un nouvel administré. Cette graine de contribuable poussa ses premiers cris au cœur d’une station préhistorique dont les grottes avaient recelé d'innombrables objets de l'époque néolithique. Dès sa naissance, il fût imprégné de l'aura des vestiges de la forteresse celtique qui surplombait la Meuse au sommet du coteau. Cet environnement lourdement chargé de mystère et d'histoire allait conférer à ce petit homme un besoin incommensurable de connaissances.
Il n'était pas né avec une cuillère d'argent dans la bouche mais n'était pas né non plus de la dernière pluie.Était-il né sous une bonne étoile ?
Jour mémorable, à marquer d'une pierre blanche. Date fatidique pour le patrimoine de l’humanité. Moment crucial et charnière de l'histoire de la planète ; plus rien ne serait désormais comme avant. Une page de l'univers venait d'être tournée. La face du monde allait changer. La terre allait enfin émerger de l’immense trou noir, de l’obscurantisme qui la plongeait dans une torpeur abyssale avant l’arrivée de ce spécimen rarissime.
J'en fais un peu trop ? ... Non hein !
La naissance de ce petit être d'une grande beauté tant physique qu'intellectuelle ( enfin, je crois car il avait une grosse tête )allait bouleverser subitement notre galaxie. Une nouvelle étoile,..... que dis-je,.... une comète ( car il avait une petite queue ) venait d’apparaître dans notre système solaire.
Contrairement à son prédécesseur, né 1951 années plus tôt, cet angelot n’allait pas tenter de sauver les hommes de leur péché originel, mais allait contribuer à apporter une touche d'humour à ce monde bien morose.
Cet humanoïde minus garçonicus allait se prénommer Jacques comme le saint apôtre et se nommer Leloup ( nom imaginé pour préserver mon intimité et celle des miens ) afin de permettre la continuité d’une race digne des meilleurs pedigrees de "Saint-Hubert".
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Comment était-on arrivé à une telle perfection ? Quelles furent les circonstances qui provoquèrent ce bouleversement à l’origine hormonal ?
Lors de ma conception, au début de l'histoire, je vous ai narré une scène qui pourrait être réellement celle qui s'est passée. Mais s'il en avait été autrement ?
Fut-il ( pas futile ) engendré de manière pieuse et religieuse ?
Peut-être !
L’église ayant scellé l’union sacrée de ces deux êtres qu’une puissance certainement divine avait rapprochés et désignés pour être ses parents, qui se devaient maintenant de procéder à l’union charnelle afin d’effectuer le devoir pour lequel Dieu les avait prédestiné ; enfanter. Sans doute, fut-il conçu dans un lit surmonté d’un énorme crucifix afin de veiller à ce qu’aucun débordement malsain ne vienne gâcher la procréation. Les vêtements de nuit des officiants justes écartés comme il se doit pour éviter qu’un désir libidineux ne vienne troubler la position du missionnaire imposée par le nonce apostolique lors de sa dernière homélie. Une pénétration rapide dans le tabernacle maternel qui priait et suppliait en fermant les yeux les saints apôtres afin de ne pas trop souffrir pendant le sacrifice ; afin de ne pas éprouver un plaisir proscrit par les Saints évangiles. Une éjaculation instantanée car retenue depuis le début du carême. Un remballage prompt du goupillon trempé au préalable dans l’eau bénite et un soulagement partagé d’avoir effectué dans les rites le devoir conjugal. Il ne leur restait plus alors qu’à se faire pardonner, le lendemain en confession, du péché de chair qu’ils espéraient dans ce cas véniel.
On peut aussi imaginer qu’il ait été conçu en vue d’enregistrer une performance, un exploit sportif, un record « es baise » dans le Guiness book?
Le couple habitué et préparé à des parties de jambes en l’air avait-il transformé le plumard en terrain de compétition ? Un espace bien dégagé, sans fioritures inutiles, des tatamis de part et d’autres pour amortir les chutes éventuelles. Deux corps nus et bien huilés se faisant face. Le regard vif, les yeux toujours en mouvement afin d’évaluer la tactique de l’adversaire. Au coup de starter donné par la minuterie du cuit œufs, le début d’un corps à corps aux gestes bien réglés, bien préparés par les longues séances d’entraînement. Ensuite la prise longtemps apprise, souvent utilisée par les grecs lors des olympiades lorsqu’ils jouaient à saute-moutons, celle qui permet de planter définitivement l’adversaire en l’immobilisant pendant les x secondes fatidiques. Un moment de profonde concentration, les muscles tendus au paroxysme par l’effort et enfin l’explosion finale mettant un terme au pugilat.
Enfin ! Hautement improbable, mais… sait-on jamais ! A-t-il été conçu dans le stupre et la fornication ? Soyons objectif et envisageons tous les cas de figure.
Dans les années 50, pas de télé, pas de films hard, peu de revues pornos aux scènes comportant des victimes féminines dénudées, des monstres enculeurs. Époque tristounette où seules quelques photos osées en noir et blanc circulaient sous le manteau. En fallait-il de l’imagination pour reproduire Sodome et Gomorrhe. Les vêtements non plus n’étaient pas très affriolants. Ni les récits de ses pairs, ni l’éducation sexuelle de l’époque ne donnaient une idée de luxure. Alors quoi ! Une partie de bêtes à deux dos pouvait-elle dégénérer, tourner à l’orgie ? Les mots orduriers pouvaient-ils jaillir de ces tendres bouches douces de jeunes filles en soquettes et jupes plissées fraîchement sortie du pensionnat de Marie. Les mots pipes, bites ou mijoles existaient-ils ? Était-ce concevable de parler de sexe au sein du cocon familial ou était-ce réservé aux lieux de débauches et lupanars des endroits mal famés. Comment faisaient-ils à l’époque pour le côté vicelard ? Vraiment je me pose la question.
En y réfléchissant bien, je ne peux forcément pas être un fond de capote ( comme certaines personnes jalouses de mon physique d’Apollon l’ont déjà suggéré ) compte tenu du fait que le spermato qui a fécondé l’ovule de ma Môman était le plus rapide. Si pas le plus véloce, le plus malin puisqu’il a choisi le chemin le plus court. Le moins beurré aussi sinon il n’aurait pas su trouver l’entrée. Le plus roublard ou beau parleur car il a pu envoyer tous les autres dans une autre direction. Le seul francophone car il a pu lire les panneaux de circulation indiquant le chemin à suivre ( n’oublions pas que nous étions en Wallonie à ce moment ). Le plus marrant finalement car il devait se fendre la gueule en regardant tous les autres poireauter à l’extérieur avec leurs têtes de nœud.
Connaissant un tant soit peu mes gènes ( je vis avec eux depuis plus de 67 ans ), mon spermato a dû s’atteler à élaborer un spécimen doté d'une grande minutie dans tout ce qu'il allait accomplir .
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