14 - Mais revenons à ma naissance ! ( 1951 )

J’ai beau me triturer la mémoire, rien ne perce de cette époque dans mes souvenirs. Mon cerveau de nouveau né n’avait pas encore eu le temps d’agencer toutes ses cases. J’ai bien essayé d’atteindre la quintessence de mes origines en me mettant dans la position du lotus, en faisant le poirier, en tentant d’entrer à l’intérieur de mon Moi le plus profond. D’effectuer un retour en arrière, de régresser, de remonter le temps graduellement, de me fondre dans mes molécules pour retrouver mon point d’impact sur terre. Rien ! Nib ! Niente ! Nihil ! Nada ! Que dalle ! Zéro,…. Le néant.

 

Je pourrais essayer de m’auto-hypnotiser, il paraît que cela marche. Mais qui me réveillera alors si je franchis la frontière de mon subconscient ? N’y a-t-il pas le risque de rester à tout jamais prisonnier de ce passé qui devait se limiter à cet instant précis à quelques balbutiements de bébé. Pas vraiment folichon ! Ne tentons pas le diable.

 

Je vais dons essayer de glaner ici et là quelques anecdotes pour remplir cet espace temps inconnu, cela me paraît moins périlleux. Je suis courageux, intrépide mais pas foldingue. Quoique !!!

 

Un soir où j'étais allongé dans le lit, les yeux clos en attendant que Morphée me prenne dans ses bras, un flash m'illumina et fut suivit d'une vision doublée de sensations jusque là inconnues, même en rêve.

 

J'étais confortablement installé dans ce que je suppose être un couffin placé à même le sol sous une table. Il faisait très chaud et l'endroit où je me trouvais sentait bon le pain à peine cuit. Une lumière tamisée et des flammèches courraient sur le mur de la pièce. Une porte s'ouvrait et se refermait régulièrement, des jambes passaient dans mon champs de vision. Des conversations étouffées et des rires emplissaient les lieux. De temps en temps, des visages féminins souriants se penchaient pour m'observer, me veiller. J'étais bien !

 

Est-ce que cela pourrait être un court moment de mon existence de nourrisson que mon petit cerveau en formation aurait enregistré dans un coin de la tête pour me le resservir des années plus tard ? Je me trouvais alors peut-être dans le magasin de ma mère ou une boulangerie ! Bizarre non !

 

Conformément à la tradition chrétienne familiale et sans me demander mon avis, quelques mois après ma naissance, je fus baptisé en l'église Abbatiale Saint Nicolas ( vous voyez que je suis un cadeau de St Nicolas ) d'Hastière-Lavaux. J'étais entouré de mes parents, de ma marraine ( qui était ma grand-mère maternelle ) et de mon parrain Lucien, vieux copain de mon père.

 

Lorsque l'homme d'église tenta de me laver en versant avec sa cruche d'eau du Jourdain ou de la Mer Rouge, du péché originel qui m'avait été gracieusement offert dès ma naissance par la tentation du Malin à la première femme de la création, je restais stoïque. Cette tentative évidente de me déstabiliser en essayant de décoiffer mes cheveux noirs déjà bien fournis – ce qui n'est plus le cas aujourd'hui -, allait-elle porter ses fruits ? Une pomme évidemment.

  

Une pomme !

  • Eve et la pomme qu'elle croqua à pleine dent au sein du paradis terrestre. Pourquoi déjà rejeter la faute à la seule femme de la terre ? L’Église a toujours été misogyne, c'est certain !

  • La pomme que plus tard Newton reçu sur la tête et qui selon la légende, initia la théorie de la Gravitation Universelle.

  • La pomme qui fut posée sur la tête du fils de Guillaume Tell, héros de l'indépendance de la Suisse.

  • La pomme que lors de la fête nationale belge d'un 21 juillet, la vieille reine Fabiola posa avec humour sur sa tête découronnée pour provoquer un tireur embusqué qui l'avait menacée de mort.

  • Et puis les pom-pom girl ! Hé, hé hé......

     

J'étais de la sorte entré par la grande porte de l’Église et de brebis égarée, je rejoignais le rang de cette grande assemblée. Cet événement fut retranscrit sur le livret de mariage de mes parents et reçu la bénédiction tacite de notre pape bien aimé de l'époque, Sa Sainteté Pie XII.

 

C’est déjà un bon début. Mêlons donc un peu de l’histoire de notre époque à cette merveilleuse aventure qu’est la saga de toute une vie. Voyons dans quel contexte historique ce petit être va évoluer, grandir, s’émanciper. Arrivera-t-il a obtenir la reconnaissance de ses pairs ? Aura-t-il sa statue sur la grand place ? Entrera-t-il dans le dictionnaire des noms propres ? Sera-t-il un jour... après sa mort bien sûr, béatifié par Sa Sainteté ? That is the question.

 

Non ! Ces choses ne m'intéresse vraiment pas. Restons simple et commençons déjà à vivre sans faire de projets.

 

Donc, pendant que je tétais goûlument, pendant que je souillais copieusement mes langes de tissus ( Pampers n'existait malheureusement pas encore pour les mères qui devaient faire bouillir les couches ), pendant que je gesticulais en hurlant ou roupillais comme un bienheureux, pendant que je bavais et en faisais baver à mes parents qui étaient en apprentissage avec un premier rejeton,... quelques mois avant ma naissance et suite à l'abdication de Léopold III, son fils Baudouin devenait le 16 juillet 1951 le cinquième roi des Belges. J'ai donc échappé de peu au sacre.

 

Petite parenthèse et première réflexion personnelle qui va certainement susciter certains remous dans l'aéropage de mes lecteurs.

 

C’est quoi la Belgique ? Un état fédéral avec une monarchie constitutionnelle. Un Roi qui n’a rien à dire mais qui signe les lois qui lui sont présentées. Qui n’a pas le droit d’intervenir dans la vie politique et encore moins de donner son avis sans l'aval des dirigeants politiques. Qui est là uniquement pour représenter l’unité du pays. ( souvenez-vous de BaudouinIequi refusa de signer l'arrêté royal dépénalisant l'avortement et qui créa une crise institutionnelle unique et sans précédent en Belgique ; en effet, le très pieux roi, de religion très très conservatrice, fréquentait l'obélience du Renouveau charismatique et peut-être bien l'Opus Dei. Et, cerise sur le gâteau, plus tard, c'est Albert II qui allait renier sa fille illégitime Delphine sous la pression de Baudouin et de l'Eglise, un souverain qui manque de noblesse pour ne pas faire face à une reconnaissance en paternité devant le tribunal des hommes qu'il doit croire incompétent pour son rang. Qu'il prenne exemple sur son homonyme, qui lui s'est comporté en vrai Prince à Monaco en reconnaissant une progéniture hors union et qui en assure les responsabilités).

 

Devons nous parler de la liste royale ? De cette pléthore de princes, de princesses et de leur nombreuse descendance ? Dans notre pays c’est un sujet tabou. Pas touche ! Sinon le crime de lèse-majesté pourrait vous entraîner rapidement dans les geôles.

 

Dans notre royaume, seuls les roturiers ont un nom. La famille royale ne possède que des prénoms. Philippe de Belgique, Albert II de Belgique, Laurent de Belgique, Astrid de Belgique………………

 

Et lorsqu'ils voyagent incognito de par le monde, comment font-ils ? C'est simple, ils ont de vrais-faux papiers avec des noms bidons. Mais il vous est quand même possible de les observer... de loin, car ils sont entourés de “men in black”. Il n'est pas rare que la police municipale ferme un quartier, une plage, un magasin à la population afin qu'ils puissent jouir de la vie ordinaire du commun des mortels en toute liberté.

 

Regardez la reine Mathilde, roturière mais fille de Comte et de Comtesse qui prit vite le plis de son rang après l'accession de son Philippe au trône. A une personne qui la saluait en l'appellant “Madame” – avec un M majuscule pourtant – elle répondit vite... “Majesté” ! Pour eux, lors des naissances, des hospitalisations, on doit fermer l'aile complète d'un hôpital pour éviter que tous les “fans” ne les étouffent sous des montagnes de fleurs.

 

Ils sont nombreux. La démographie est en baisse dans le pays, sauf dans la famille royale. Ils ont certainement plus de temps et moins de problèmes de garderies. Plus de temps, c'est certain car en principe ils ne peuvent travailler. Pourquoi ?

 

J'en connais un du moins, Laurent ( de Belgique ), pour ne pas le citer, qui aimerait bien qu'on lui lâche les baskets, qu'on lui foute une paix royale. Mais ce n'est pas possible Monseigneur ! Monseigneur... ce titre m'écorche la bouche ( pour être poli ).

 

Il est facile de rouspéter sur tout quand on ne doit payer pour rien. Il est tellement écologique et populaire de sortir la petite Smart coincée dans le garage entre des bolides hors prix pour effectuer un petit déplacement filmé bien sûr par toutes les télés du pays. Il devra donc continuer à souffrir en silence, tout comme les autres. Déjà que lors de manifestations où il veut bien apparaître, on l'autorise à porter un beau costume militaire plein de galons dorés. Grades obtenus dans un paquet de “Bonux”. Grades honorifiques parfois comme notre colonelle Astrid. Des soldats d'opérette !

 

Ils reçoivent une dotation qui doit leurs permettre de “bien” vivre et en échange, ils sont obligés un peu comme des bêtes de foire, de représenter le pays... en fermant bien entendu leurs “bouches” car les politiques veillent au grain. Que ferions nous sans nos politicards ? Mais à eux aussi j'aurai le plaisir d'y revenir. Il semble pourtant qu'un petit vent de fraîcheur, de renouveau souffle sur notre dynastie. Les choses devraient changer pour nos princes et princesses qui ne seraient pas prédestinés à monter sur le trône. Il est temps n'est-ce pas !

 

Que fait encore une “noblesse” dans notre monde moderne ? Ce sont des privilèges dignes de l'époque féodale. Roi, reine, prince et consorts ne devraient plus exister que dans les dessins animés, les contes de fées... mais plus dans notre XXIe siècle. Et pourtant, on continue à anoblir. Baronne Annie Cordy. Dans la réalité, une petite vieille aussi gentille que Tatie Danielle à la puissance³. Qu'a-t-elle fait pour mériter ça ? A part un répertoire de chansons débiles. Je suis méchant hein ! Notez qu'en France c'est pareil car on distribue la légion d'honneur comme des bonbons.

 

De tout temps les familles nobles n’ont jamais aimé mélanger leur sang. Du sang rouge et du sang bleu, qu’est-ce que ça donne ? Noir, violet ! bêuurck ! Mais à force de consanguinité, on obtenait de vrais tarés, des pas beaux non plus, des bêtes aussi. C’est sans doute en sautant la bergère qu’ils se sont rendus compte que le moutard était de meilleur qualité. Alors ils ont commencé à faire des exceptions et puis ils y ont pris goût, ça changeait des cousins-cousines archi-connus. Et c'est une bonne chose. Au moins, ils avaient compris quelque chose.

 

Bon, je vais arrêter là car je vois l'écran de mon portable se flouter et grésiller. Sans doute une cyber-attaque des ultras-royalistes. Je les entends hurler au scandale.

 "" Leloup au trou...”

Ils s'étranglent avec mes mots, ils frôlent l'infarctus et je suis sûr qu'il y en a qui décrochent le vieux fusil au-dessus de la cheminée où prône fièrement le portrait de nos souverains, pour tirer au gros sel sur ce blog infâme qui leur brise le coeur.

 

Heureusement, le pare-feu de Windows protège ma liberté d'expression, sinon je serais déjà brûlé sur le bûcher de leur patriotisme.

 

Le 11 octobre 1951 naissait Jean-Jacques Goldman. Le 24 novembre la Calypso du commandant Cousteau effectuait son premier voyage. Le dessin animé d'Alice au pays des merveilles sortait des studios de Walt Disney, ainsi que les films; l'inconnu du Nord-Express d'Alfred Hitchcock, un américain à Paris de Vincente Minnelli ou Topaze de Marcel Pagnol avec Fernandel.

 

Les chansons suivantes berçaient mes rêves; A St-Germain des Prés de Henri Salvodor, l'âmes des poètes de Charles Trenet, la croqueuse de diamants de Zizi Jenmaire, les feuilles mortes de Juliette Gréco, Jezebel de la môme Piaf ou bonbons, caramels de la pas encore baronne Annie Cordy.

 

 

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