60. Le grand schisme.

Publié le 28/07/2019 à 00:49 par le-spermatozozo-ide Tags : background sur vie moi monde homme enfants saint belle coup mode coeur histoire dieu divers fille internet jeune automne livre fleurs maison hiver

Septembre 1964, dernière ligne droite avant le collège. J'étais déjà en mode « cool », bien qu'on n'utilisait pas encore cet anglicisme à l'époque. C'est aussi le moment de ma courte vie où j'allais quitter presque définitivement la grande communauté catholique. Hé oui ! Le schisme tant redouté par les pontes de l'Église !

 

Un curé horripilant allait me dégoûter de cette institution archaïque.

 

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Pourtant, vous le savez déjà, la famille LELOUP était très calotin. ( et j'avais fais mes preuves d'obédience en aidant souvent l'officiant auparavant, en faisant mes communions, confirmation, en batifolant au sein d'une abbaye et de ses occupants... j'en passe et des meilleures ).

 

Je me souviens des croix qui prônaient au-dessus des portes de la maison, de ce grand buste du Christ en plâtre peint de couleurs criardes avec son coeur versant le sang goute à goute, posé sur la cheminée. De cette petite statue de la vierge Marie avec sa couronne rayonnante, des assortiments de chapelets de diverses matières, de boîtes contenant des scapulaires et images pieuses en abondance et bien sûr des missels aux pages dorées aussi fines que des feuilles de papier à cigarettes.

 

Et surtout, durant toute mon enfance, je reste dubitatif devant cette pratique de mes parents, digne de certains gourous, qui consistait d'oindre nos bobos d'enfants d'une huile miraculeuse – l'huile du saint enfant Jésus de Prague -. Cette huile était contenue dans un petit flacon transparent ( celui qui contenait en médecine de la pénicilline ; avec son petit capuchon brun en caoutchouc ). Internet n'existait bien sûr pas... alors par quel canal se la procuraient-ils ? Qui était leur dealer ? Encore un mystère inexpliqué de mon enfance.

 

Mes parents avaient aussi l'habitude de nous faire une petite croix sur le front avec le pouce au moment d'aller coucher. Cette façon de vouloir protéger nos nuits perdura longtemps.

 

Il était de bon ton, dans notre pieuse demeure, de fréquenter le plus souvent possible la maison du Seigneur. Matines – Vêpres - Chemins de croix ou de crois – Messe de minuit, messe noire ( de monde ), messes basses - Processions , avec ou sans flambeaux…..

 

Curieusement à cette époque, seuls les enfants y avaient droit. Les voies du Seigneur sont impénétrables !

 

Le jeune descendant de l’illustre apôtre du même prénom que j'étais, en était arrivé à saturation de bondieuseries et rechignait à se rendre au saint office dominical ; déjà je n’utilisais plus les images pieuses comme signets dans mes play-boys.

 

Contraint et forcé, je partais donc à l’heure habituelle et je me planquais avec une bande de copains païens derrière l’église afin de griller quelques clopes. ( point encore de cannabis ou de marie Jeanne, ) j'écourtais de cette façon sérieusement la messe. Toujours ça de gagné hein !

 

Par précaution , j'assistais quand même à une partie de l’office. Il fallait le cas échéant, que je puisse prouver, que j'avais fait partie de la divine comédie ( pardon, communauté) ; les cafards aussi rampent dans le monde liturgique et leur langue bien pensante peuvent faire de gros ravages car ils sont hypocritiques. Je l’avais déjà appris à mes dépens. 

 

Je rentrais alors dans l’édifice en catimini. ( car je laissais mon vélo dehors malgré le risque de me le faire voler .Si ça devait arriver, m'avaient dit certaines âmes bien pensantes, je devrais alors faire une prière à St Antoine qui me permettrait de le retrouver )

 

Je me glissais de colonne en colonne vers mes emplacements favoris. (près d’une bouche à chaleur en hiver, dans un courant d’air en été, à l’ombre d’une jeune fille en fleurs au printemps, à l’abri des feuilles mortes en automne ) NB : en guise de feuilles mortes il s’agissait plutôt des pellicules d’une vieille grenouille de bénitier, mais … poésie oblige.

 

Donc dise je, pour tromper l’ennemi, j'empruntais à chaque fois un parcours différent, me rappelant les exploits d’OSS 117 ou de l’agent 007  . L’ennemi était en l’occurrence, ce diable d’homme ( si j’ose m’exprimer ainsi ) en soutane noire parée de divers oripeaux et qui, régulièrement, menaçait ses ouailles de son goupillon rageur et éclabousseur ( c'est peut-être un Jackisisme ) ou les enfumait de son encensoir nauséabond. 

 

Avec une odeur aussi pestilentielle, il n’avait vraiment aucun mérite à chasser les démons.

 

Cet agent plénipotentiaire du Christ était foncièrement méchant.

 

Il profitait de son statut d’ecclésiastique pour terroriser les fidèles.

 

Il était intouchable. Il représentait le bras de Dieu. 

 

Il était le résultat du croisement entre un inquisiteur et une sorcière de Salem. 

 

Pour preuve, afin d’inculquer les boniments du catéchisme à un futur communiant, il lui avait si bien cogné le crâne afin d'y faire entrer de force la parole divine, que le gosse avait dû être trépané. ( histoire vraie malheureusement ... il s'agissait de mon futur beau-frère. )

 

A l’époque, comme dans l’ancienne tradition que bon nombre de vieux catholiques regrettent, le curé officiait dos à l’assistance et il lui semblait alors facile, au chenapan que j'étais, de le berner. ( maintenant on dirait «  niquer «  mais, à chaque mot son époque )

 

Que nenni ! Il guettait sa proie. Il me sentait arriver à chaque fois . Il avait l’oreille fine. Le moindre grincement de la lourde porte, le frottement léger d'un tissu, le plus petit raclement de semelle, un frôlement, ou un déplacement d’air et il se retournait d’un bloc, me désignait du doigt, où que je soit, et lançait à la cantonade : 

 

«  Alors LELOUP ! Encore en retard ! « . Et bien sûr, toute l'assemblée se retournait comme un seul homme en me fusillant du regard. J'avais perturbé l'office. Ils avaient du coup perdu le fil de leur liturgie et leurs yeux hagards vagabondaient maintenant dans le livre de messe afin de s'accrocher à nouveau au wagon car le curé, lui, avait reprit de plus belle, forçant un peu la dose pour bien montré qu'il était exaspéré. Les grenouilles de bénitier, elles, espéraient en égrenant à toute vitesse leur chapelet qu'il distribuerait quand même la nourriture dive. Sale gamin va !!!

 

Bien plus tard... j'appris qu'il avait abusé de mon frère... et d'autres enfants ...dont je sais qu'un au moins s'était suicidé. Apparemment pour ce fumier d'ecclésiastique, l « les voix du seigneurs n'étaient pas impénétrables. » Salaud va !

 

Rien n'a été entrepris pour empêcher quoi que ce soit. Vous le savez aussi bien que moi que rien n'a changé depuis les derniers scandales de ces prêtres abuseurs. Et cela dure depuis des siècles. La hiérarchie de l'Église a toujours la tête dans le sable et les cathos bien pensants ... pardonnent. Comme c'est facile !