92. Premiers pas à l'unité.

Publié le 22/01/2023 à 00:34 par le-spermatozozo-ide Tags : sur bonne vie moi place monde travail maison centre demain divers nuit

Une fois la grille de la caserne franchie, je savais qu'une nouvelle tranche de ma vie commençait. Engoncés dans notre uniforme inconfortable et transis de froid par cette nuit enneigée et glaciale, nous dûmes débarquer de ce camion très haut sur patte avec notre gros kitbag kaki pour rejoindre la cantine troupe ( réfectoire ) où un repas froid sous forme de pain, charcuterie et fromage nous attendait sous les yeux scrutateur de notre sous-officier accompagnateur et de quelques membres du personnel de la cuisine qui faisaient des heures supplémentaires rien que pour nous. Froid ! Pas tout à fait. Une excellente soupe bien chaude, bourrée de calories réchauffa quelque peu nos corps engourdis.



Une fois nos estomacs rassasiés, notre mentor nous accompagna dans un bloc immense en briques de deux étages où une chambre ''transit'' ( pour le personnel de passage à l'unité ) nous accueillait avec ses lits traditionnels en métal et à la literie que nous avions déjà testée lors de notre séjour au centre d'instruction. Nous étions quatre seulement. Jean-Luc.L, Michel.C, et moi. Tous trois comme candidat sous-officier momentané ( CSOM ) et un gars dont je ne me souviens ni du nom, ni du prénom – sorry mon garçon - un futur ''volontaire de carrière' - VC'' qui par la suite allait faire partie de la police d'unité – RP ( Régiment Police ).



Il ( le sous-off-accompagnateur) nous indiqua où se trouvaient les lavoirs et les toilettes. Demain, debout comme tout le monde à six heures, réfectoire pour le petit déjeuner à sept heures en tenue de toile et rassemblement avec tout le personnel de notre bloc où de nouvelles directives nous seraient données.



Même pas l'envie de prendre nos marques et déambuler dans les couloirs. Nous nous sommes installés chacun dans notre coin le plus confortablement possible puis nous avons fait connaissance. Michel était bien plus âgé que nous. Il devait avoir la bonne trentaine, était marié, avait déjà fait son service militaire dans les paras et habitait la région bruxelloise. La vie civile ne lui convenait apparemment pas trop alors il retournait sous les armes comme on dit dans l'espoir d'y faire carrière. Il était petit, trapu et portait une barbe bien taillée. Jean-Luc avait mon âge, c'était un gars plutôt grand à la chevelure crollée, une grande bouche aux lèvres épaisses, rigolard et habitait la région de Huy. Le futur RP avait plus ou moins vingt-cinq ans, blond bouclé avec une fine moustache et habitait la région de Liège. Moi bien sûr, c'est moi. Pas très grand, cheveux noir, lunettes et des pattes à la Elvis qui me donneraient plus tard le surnom de ''rouflaquette''. Voilà !



La nuit fut courte car les discussions allaient bon train jusque très tard sans doute pour essayer d'annihiler notre sentiment de solitude dû à l'éloignement de la famille, mais le sommeil fut profond et peuplé de rêves. Aux petites heures dites, un autre sous-officier, accompagné d'un brigadier - le sous-officier de semaine, gardien et responsable de l'escadron en dehors des heures de service - appuya sur l'interrupteur qui déclencha l'allumage en cascade d'une nuée de néons pour nous sortir du sommeil profond dans lequel nous avions trouvé refuge.



Debout les gars réveillez-vous, on va au bout du monde... Ben, on y était déjà au bout du monde, du moins, de notre monde habituel en tout cas. Passage rapide au lavoir pour nous débarbouiller, rasage rapide à l'eau froide ou à l'électricité. Les gros radiateurs avaient du mal à donner un peu de chaleur à cet endroit où des dizaines d'autres gars déambulaient et se succédaient derrière les nombreux éviers qui garnissaient la pièce d'eau. Salut les ''bleus'' ! Ce salut était récurrent mais sans animosité.



Après un petit déjeuner dans un brouhaha indescriptible, l'heure du rassemblement général de l'unité approcha rapidement. Aux coups de sifflets stridents du sous-officier de semaine et à sa gueulante ''rassemblement'', l'escadron se mit en rangs de façon précise et ordonnée dans un ensemble bien réglé, orchestré par les sous-off de chaque peloton. Nous formions, nous les nouveaux un tout petit groupe un peu à l'écart. Le sous-off de semaine présenta alors l'escadron au SSM ( Squadron Sergent Major ) en signalant les absences éventuelles et en signalant également notre présence nouvelle dans le groupe. Ce dernier présenta alors l'ensemble au Commandant d'escadron. Fin du scénario. Les directives de la journée données, les rangs furent rompus et chaque peloton sous la conduite de son officier prirent le chemin du travail.



Le SSM nous prit à part pour qu'on se présente. Il nous mit sous la responsabilité d'un brigadier qui avait de la bouteille dans l'unité pour qu'il nous fasse visiter l'ensemble de la caserne. Les différents escadrons de combat ( A;B et C ), l'EMS ( l'État-Major et Services ) où nous irions nous présenter à la Section Personnel pour y remplir toutes les formalités administratives, les cuisines en face du réfectoire, la cantine troupe ( pour les miliciens ), le bar VC ( volontaires de carrière ), le mess sous-officier, le QM ( QuarterMaster) magasin d'équipements, les garages de mécanique et ceux d'entreposage des véhicules, la station POL ( pompes à essence et diesel, huiles et lubrifiants divers ), le bureau Mat ( matériel ), l'infirmerie, la salle de cinéma, le KL ( endroit qui coordonnait la reprise-remise des logements mis à la disposition des familles de militaires en ville, où ils pouvaient commander le mobilier et le matériel nécessaire à l'entretien ou la rénovation des appartements et des maisons et la chapelle.



D'autres unités indépendantes à cette époque faisaient partie du quartier ; le 7 et le 17 Recce ; un détachement d'une compagnie Mat ( matériel ) ; un hôpital de campagne complètement démonté, stocké et entretenu sous la responsabilité d'un sous-officier de la Médicale et quelques hommes et les locaux de la Place d'Arnsberg ( unité qui gérait les autobus, les ambulances et les véhicules banalisés noir comme la voiture du Chef de Corps ). Un dépôt munition se trouvait sur une grande butte à proximité mais en dehors de la caserne et le mess officier qui se trouvait dans une grande maison de maître et un beau parc au bord de la Ruhr, près de la maison du Chef de Corps.